La vitalité du street art français au cœur de la foire d'art urbain District 13 jusqu’à dimanche à l'Hôtel Drouot
Rendez-vous des amateurs d'art urbain, la troisième édition de la foire District 13 Art Fair bat son plein à l'Hôtel Drouot depuis jeudi et jusqu'à dimanche. Nous avons parcouru ses allées, parlé à son organisateur Mehdi Ben Cheikh et à l'artiste clermontois Motte, dont l'univers nous a tapé dans l'oeil.
L’édition 2022 de District 13 Art Fair, rendez-vous de l’art urbain, se tient jusqu’à dimanche 16 janvier à l’Hôtel Drouot à Paris (9e). Après deux années de pandémie qui ont empêché cette foire de se tenir en 2020 et 2021, cette troisième édition propose un panorama du street art et de l'art urbain au travers de 25 galeries, reflet du dynamisme du mouvement, en particulier français. Car les deux ans de Covid-19 n’ont pas été tout à fait perdus.
"Cette crise nous a fait découvrir quelque chose : la remarquable vitalité des galeries françaises en régions", nous confie Mehdi Ben Cheikh, fondateur et directeur de la galerie parisienne Itinerrance, co-organisatrice de l’événement avec le Groupe Drouot. Selon lui, avant le Covid-19, District 13 invitait plus de 60% de galeristes étrangers. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée : les galeries françaises représentent 80% des exposants.
La crise a mis en lumière la qualité du maillage régional
"D’habitude nous invitons beaucoup de galeries internationales, américaines, anglaises, et européennes", explique Mehdi Ben Cheikh. Mais les restrictions de circulation dûes à la pandémie ont poussé les organisateurs à se "concentrer sur les galeries françaises. Nous avons eu la surprise de découvrir que la qualité est là, partout en France, et que les galeristes en régions sont à la hauteur. Chacun, de Montpellier à Strasbourg, a créé son petit marché et attiré toute la scène des environs, tous les artistes locaux, c’est formidable !"
Si les prix sont restés stables malgré la pandémie, les collectionneurs se tournent toutefois en ce moment vers des valeurs sûres telles C215, Tilt, Mai, Mist, JonOne ou Shepard Fairey alias Obey (dont on trouve des sérigraphies en pagaille à District 13, de 300 à plus de 15 000 euros).
Quant au public, il est composé, assure le galeriste, "de fidèles" qui achètent selon leurs moyens, soit du "print" à prix modique soit des oeuvres à plusieurs dizaines de milliers d’euros. "C’est un public très averti, qui suit les cotes, prend en photo tout ce qu’il voit dans la rue, et se renseigne via les réseaux sociaux."
"Une dynamique incroyable"
"En street art, la France est en avance par rapport au reste du monde", poursuit-il. "Il n’y a qu’en France qu’on trouve des ventes uniquement consacrées au street art. A l’étranger, il y a des ventes d’art contemporain avec quelques lots de street art au milieu mais très peu de ventes dédiées."
"Si l’on compte toutes les actions locales comme Boulevard Paris 13 (un projet en partenariat entre la galerie Itinerrance et la mairie du 13e NDLR), tous les murs qui se font partout en France, tous les festivals consacrés au street art, on voit qu’il y a chez nous un véritable engouement et une dynamique incroyable. A l’étranger, les choses sont moins organisées, plus éparpillées, il n’y a pas de vue d’ensemble. Ici, la base est solide et deux ans d’inactivité n’y ont rien changé. Au contraire, on est encore plus forts, artistes et galeristes reviennent avec des choses nouvelles."
Fort de ce constat, Mehdi Ben Cheikh a décidé de miser désormais sur la France en donnant plus de visibilité à ce foisonnement régional. Pour valoriser les galeries françaises, il réfléchit à organiser, non plus une, mais deux éditions annuelles de District 13 . "Et quand on fera appel à des galeries étrangères, on prendra vraiment les meilleures", assure-t-il. Alors que les collectionneurs se trouvent dans le monde entier, son objectif est clair : "faire de Paris la plaque tournante du street art international".
Les femmes en force
Si aucune tendance ne saute aux yeux cette année à District 13, le foisonnement de techniques et de styles restant la norme, on note quand même la présence en force d’artistes féminines.
La Canadienne Sandra Chevrier et son splendide portrait de femme en triptyque sur trois skate-boards (ci-dessus) ; la Parisienne Madame, connue pour ses collages poétiques de rue, ici dans des montages tout aussi surréalistes sur bois, et l’Espagnole BToy et ses pochoirs de Josephine Baker et Louise Brooks.
On remarque aussi les vignettes naïves représentant la vie des rues de Tunis signées des illustratrices tunisiennes Assala Chouk et Zineb Ben Houala. Si vous en avez l'occasion, allez deviser avec les deux femmes galeristes de Central Tunis qui les représentent. Installée dans un ancien dépôt de pneus Michelin, leur galerie semble aimanter toute la créativité de la cité. Normal, on les écouterait parler pendant des heures, de leurs artistes, de leur ville en pleine métamorphose, et d’art tout simplement.
Coup de coeur pour le "street pop" du Clermontois Motte
En parcourant les allées de District 13, l'univers très pop et saturé de couleurs vives de l’artiste Motte nous a tapé dans l’œil. C’est même notre coup de cœur de cette édition. Ça tombe bien, il représente parfaitement cette créativité qui bouillonne en régions. Originaire de Clermont-Ferrand, il a fait ses premières armes, nous dit-il, au sein d'un groupe de graffeurs basé à Lyon. "On s’appelait les RJ pour Roulez Jeunesse". Un crew d’une douzaine de membres, très attaché au vandalisme sur trains et matériel roulant, métros compris.
"Chaque été, on s’achetait des billets inter-rails pour voyager en Europe et graffer tout ce qui bougeait", se souvient-il. Leur recherche esthétique se rapprochait beaucoup de celle des premiers graffeurs des wagons du métro new-yorkais, avec un style volontairement naïf, "ignorant", qui allait de pair avec une recherche d’adrénaline liée à la prise de risques. Ils se sont d’ailleurs fait pincer plusieurs fois.
Du street art "vandale" à la galerie
Agé aujourd’hui de 42 ans, Motte faisait en parallèle des études d’art appliqué et développait sa passion pour la peinture. Il y a trois-quatre ans, il a commencé à bien gagner sa vie en vendant ses toiles, grâce aux expositions locales organisées avec ses amis. Jusqu’à se faire repérer par la galerie Christiane Vallé, une institution à Clermont-Ferrand, ouverte en 1967. David Chabannes, qui a repris en 2015 la galerie de ses grands-parents, y a développé trois axes : la figuration narrative, le pop art et le street-art. Motte s’inscrit au confluent des deux derniers, ce qu’on appelle le "street pop".
Sa dernière série, baptisée Néons, dans laquelle des personnages de comics rétros sont transpercés de néons, a été réalisée dans l’urgence pour District 13 : cet hyperproductif a produit une dizaine de pièces en un mois ! Il a aussi réalisé sur place la scénographie zébrée d’éclairs fluo qui met en valeur son travail.
Aujourd’hui, Motte transmet son amour du street art en animant des ateliers pour enfants et adultes, et poursuit ses interventions sauvages dans des friches en parallèle à son travail en atelier. "Les oeuvres exposées en galerie, c’est ce que j’ai envie de montrer de moi aux autres. Le côté vandale c’est ce que je fais pour le plaisir sans me soucier de ce que les autres vont en penser", résume-t-il. "Le vandale me permet aussi d’expérimenter, ce qui est très important. Et ça salit moins mon atelier (rires)."
District 13 Art Fair se poursuit jusqu'au dimanche 16 janvier 2022
à l'Hôtel Drouot - 9, rue Drouot, Paris 9e
Horaires : vendredi et samedi 11h à 21h, dimanche 10h à 18h
Tarifs : 10 euros (gratuit pour les moins de 12 ans), entrée libre pour l'exposition des oeuvres aux enchères
Une vente aux enchères d'une trentaine d'oeuvres signées notamment C215, JonOne, Gum, Vhils, BToy, Eddie Colla et Case Maclaim, est organisée sous le marteau de Drouot Estimations en clôture, dimanche 16 janvier à 16h.
Commentaires
Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.