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Le Groupe acrobatique de Tanger virevolte à la Biennale de danse

A l'occasion de la 17e Biennale de la danse à Lyon, le Groupe acrobatique de Tanger présente en 1ère mondiale sa nouvelle création : "Halka". Les douze acrobates rendent hommage à cet art ancestral marocain, transforment la scène du Théâtre des Célestins en piste de cirque, en désert ou en pyramide ascensionnelle.
Article rédigé par Odile Morain
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5min
Le Groupe Acrobatique de Tanger revisite d'une manière moderne l'art ancetsral de l'acrobatie au Maroc
 (ROMAIN LAFABREGUE / AFP)

Ils arrivent tout droit du Maroc avec leur joie, leur musique et leur envie d'escalader des sommets, les 14 artistes du Groupe Acrobatique de Tanger ont choisi la Biennale de la danse de Lyon pour présenter "Halka" leur nouvelle création.

Et c'est dans le très classique théâtre à l'italienne des Célestins que les acrobates ont pris leurs quartiers jusqu'au 21 septembre 2016. Sur scène, les 12 acrobates (10 hommes et deux femmes) accompagnés de deux musiciens enchaînent des tableaux qui mêlent poésie, humour et mélancolie.

Reportage : S. Adam / L. Crozat /  D. Moncel / S. Trentesaux


"Le spectacle s’intitule Halka, terme arabe qui désigne un spectacle festif en forme de cercle sur la place publique", explique Sanae El Kamouni, directrice artistique du groupe. Une consécration pour cet art ancestral marocain dont une nouvelle génération d'artistes tente d'enrayer la disparition.

Prouesse et jeu

Après avoir travaillé avec Aurélien Bory, Zimmermann et de Perrot, le Groupe Acrobatique de Tanger poursuit sa collaboration avec l'univers du cirque contemporain. Pour cette quatrième création, ils ont fait appel à l’un des fondateurs de la Compagnie XY.

Haute-Voltige, figures circulaires, ce sont surtout les pyramides ascensionnelles qui subjuguent le spectateur. Car il y a toujours quelque chose d'époustouflant à voir ces corps s'escalader.
  (Christian Ganet)

Les pyramides se forment en l'espace de quelques secondes, un petit bout de femme grimpe au sommet de trois acrobates, un homme en supporte jusqu'à six autres sur ses épaules et tout tient comme par magie. La vitesse d'exécution et la légèreté des bonds laissent le spectateur bouche-bée.
  (ROMAIN LAFABREGUE / AFP)

Taquins et joueurs, les acrobates jouent tour à tour un rôle. Comme un jeu de pouvoir, le plateau devient lui une place publique où chacun des protagonistes cherche à atteindre le sommet de la hiérarchie. Ici une femme défie un homme, là le chant du muezzin appelle les fidèles. Mais finalement rien n'est vraiment sérieux et les personnages ont surtout envie de s'amuser. 
  (Christian Ganet)

De l'artisanat à l'émotion

Dans toutes ces rondes successives, les danseurs acrobates n'ont pas oublié leurs racines, sur scène ils jouent  avec des bassines à lessive. Cet ustensile du quotidien devient tour un tour un instrument de musique, un accessoire de scène sur lequel une habile acrobate grimpe avec ses talons, ou un plateau de jeu.
  (Christian Ganet)

"Les femmes après avoir fait leur lessive, prennent leur bassine pour aller danser. C'est donc tout ce patrimoine en voie de disparition qu'ils on eu envie de refaire vivre", rappelle Sana El Kamouni. 

Cet aspect artisanal et oriental fait tout le charme de ce spectacle. En créant "l'énergie du cercle", la "Halka" nous emmène sur la place Jemaa el-Fna de Marrakech où des acrobates s'entrainent nuit et jour.

Reportage : J. Serra / N. Metauer / G. Bezou / S. Fouquet / L. Kulimoetoke / M. Bue

"Il y a dans ce spectacle un côté chaleureux, familial, solaire, très humain qui n'est pas si commun dans la danse. Et ça fait plaisir de voir ces artistes du Maghreb qui donnent une représentation du monde joyeuse et ludique, où les filles sont sur le même plan d'égalité que les hommes", souligne Dominique Hervieu, directrice artistique de la Biennale de Lyon.
  (Christian Ganet)

Hommage à la digue de Tanger

"Halka" pour les membres du groupe, c'est aussi se souvenir d'un lieu qui leur tient à coeur. La digue de la plage de Tanger où les jeunes avaient l'habitude de s'entrainer. Aujourd'hui elle n'existe plus, elle a été rasée cette année pour laisser la place au projet Tanger-métropole qui prévoit la construction d'un port de plaisance.
  (ROMAIN LAFABREGUE / AFP)

"Le sable, c'est un élément fondamental pour eux, il protège, c'est comme un tapis puzzle mais gratuit et naturel. Cette digue était aussi un lieu de transmission, où des jeunes venaient se faire repérer.", raconte Sanae El Kamouni, directrice de la compagnie.

C'est aussi là qu’ils se font recruter par les cirques, avec la disparition de la digue, les acrobates marocains ont perdu leur outil de travail et de transmission. 

Poésie et musique traditionnelle


Au milieu du spectacle, ce fameux sable commence à s'écouler du ciel et transporte le spectateur au milieu du désert.
La musique chantée et interprétée sur scène prend toute son ampleur, un homme déclame un poème, une pyramide s'élève et flirte avec les étoiles. Nous voilà assis dans la ronde avec les Sahraouis, il fait nuit et la transe d'une danseuse nous hypnotise. Le chant final des 14 interprètes nous laisse repartir avec petit goût de nostalgie. 

Dans les problèmes, la vague t'a emporté
Pas quel miracle tu survis ?
La vague te submerge, la vague t'emporte... 

  (Christian Ganet)

Le tout est parfois décousu, inabouti, mais la générosité des interprètes a conquis le coeur du public de la Biennale.  

Après Lyon, Le groupe Acrobatique poursuit sa tournée en France. De fin septembre à mi-octobre, "Halka"  est programmé au Parc de La Villette à Paris, avant de se produire jusqu'en avril dans plus de 20 villes de l'Hexagone (Auch, Dole, Annecy, Moissac, Marseille, Brest, Le Havre, etc...) Fin décembre, on pourra la voir également à Bruxelles et en mars au Maroc.

-> Culturebox est partenaire de la Biennale de la Danse de Lyon - Retrouvez les spectacles dans l'onglet live danse du site

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