: Reportage Paris 2024 : au coeur de l'Insep, à la recherche des champions paralympiques de demain
Le Comité paralympique et sportif français (CPSF) organisait, à l'Insep, le week-end dernier, une journée de détection à destination de sportifs à haut potentiel en situation de handicap.
C'est le sanctuaire, le temple du sport de haut niveau français. Au beau milieu du bois de Vincennes, dans le XIIe arrondissement de Paris, l'Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep) impressionne. Devant les grilles imposantes, celles et ceux qui découvrent le lieu pour la première fois laissent échapper un rictus. Ce samedi 23 avril au matin, c'est un sentiment contrasté, entre impatience et intimidation, qui anime les 35 participants s’apprêtant à pénétrer dans ce lieu mythique.
“C’est vraiment fou d’être ici, le complexe est immense et les équipements impressionnants”, admire Alexane Godillot. La jeune femme de 30 ans est venue exprès de Bordeaux pour la journée de détection organisée par le Comité paralympique et sportif français (CPSF) dans le cadre de son programme appelé "La Relève". Elle le reconnaît elle-même, cette journée, “c’est un peu une revanche sur la vie”. Il y a trois ans, elle est tombée malade, contractant le syndrome de Guillain-Barré. “Je me suis retrouvée tétraplégique en deux jours de temps. Ensuite, je suis restée deux mois et demi en réanimation avant de faire un parcours d’un an et demi en centre de rééducation.” Aujourd’hui, Alexane veut montrer que, malgré son handicap, il est toujours possible de s’épanouir et trouver sa voie dans le sport.
Détection puis accompagnement
Agés de 16 à 35 ans, ces champions en devenir rejoignent la chaleur de la halle Joseph-Maigrot pour y disputer les tests physiques de la matinée. “Vous êtes ici chez vous, faites-vous plaisir, ne vous mettez pas la pression”, lance au micro Jean Minier, directeur des sports du CPSF, avant de répartir les participants en fauteuil et ceux debout sur les différents ateliers.
À peine remis d’une séance de sprint éreintante, Dimitri Gnazo, 30 ans, retrouve illico le sourire. “Je suis comme un gamin”, lâche-t-il. Lui aussi a fait presque 600 kilomètres de trajet depuis la Gironde pour être présent. Diagnostiqué d’une sclérose en plaques il y a trois ans, il a perdu l’usage de la majorité du côté gauche de son corps (bras, jambe) et commence seulement à réussir à faire un peu de sport. Après avoir regardé avec attention les Jeux de Tokyo l’été dernier, Dimitri a voulu se rapprocher du mouvement paralympique et a candidaté pour intégrer le programme La Relève. “J’ai un fils qui a à peine deux ans. Je l’ai eu après avoir été diagnostiqué. Je veux pouvoir faire des choses avec lui, l’accompagner s’il fait un sport, participer avec lui, faire de la compétition… C’est essentiel pour moi d’accomplir quelque chose.”
"Nous sommes convaincus qu'avec celles et ceux qui sont présent(e)s aujourd'hui, un projet compétitif peut naître, que l’on peut faire grandir ces athlètes aux capacités cachées, car il y en a encore beaucoup en France."
Marie-Amélie Le Fur, présidente du Comité paralympique et sportif françaisà franceinfo: sport
Juste à côté, Marie-Amélie Le Fur jette un oeil attentif et bienveillant à celles et ceux qui s’essaient à l’exercice compliqué du tir de précision avec un ballon. Le temps de quelques heures, la nonuple médaillée paralympique met de côté sa casquette de présidente du CPSF pour partager son expérience et rassurer les participants sur leur potentiel.
“C’est une journée importante pour eux, mais pas celle qui va les qualifier pour les Jeux de Paris 2024, nuance-t-elle. Le but de cette troisième édition est le même que lors des deux précédentes : accompagner au mieux ces athlètes en situation de handicap et faciliter leur entrée dans le monde du parasport, les orienter en fonction de leurs facultés et de leur appétence pour telle ou telle discipline. Ensuite, c’est à eux qu’il appartient de se saisir de leur destin.”
Si l’objectif de cette détection demeure inchangé, le format a un peu évolué par rapport à la première édition, qui avait vu plus de 600 candidatures affluer sur la plateforme dédiée. Dorénavant, un échange en visio est réalisé entre le moment de l’inscription et la journée de tests : “Un moyen de connaître leur parcours sportif et leurs attentes, mais aussi de les mettre en relation avec les bons interlocuteurs, les clubs et les comités régionaux un peu partout sur le territoire”, souligne Chloé Traisnel, responsable des projets de développement du Comité paralympique.
Tests physiques puis entretiens
Dans les tribunes de l’immense gymnase inauguré par le Général de Gaulle en 1965, les parents de Thomas Cazin n’ont d’yeux que pour leur fils de 22 ans. Ce sont eux qui l’ont accompagné depuis Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) pour, comme ils le disent, “sauter dans le grand bain”. “Quand il est arrivé tout à l’heure, il cachait un peu son bras, il n’a pas encore totalement accepté (son handicap). Il n’est pas souvent en contact avec des personnes en situation de handicap”, confesse sa mère Laurence. Après un accident de moto en juin 2020, le gaillard a été diagnostiqué d’une paralysie du plexus brachial. Clavicule cassée, bassin touché, pneumothorax… Un chemin de croix pour le jeune homme désormais privé de football - sa passion - en compétition. Cette journée, c’est aussi une étape supplémentaire vers la reconstruction et le difficile chemin vers la résilience pour le jeune homme.
Déjà plus de deux heures d’effort. Avant la pause déjeuner, c’est l’heure du dernier exercice, celui d’endurance, le fameux test VMA. Tous enchaînent les tours de terrain à leur rythme avant de marquer le pas. Tous sauf deux : Maxime Gayet et son guide Dany Pinard. Sous le regard admiratif de l’assistance et des autres athlètes, qui n’hésitent pas à les soutenir bruyamment, les deux hommes empilent les paliers à toute vitesse, allant jusqu’à dépasser les 18 km/h. Avant, eux aussi, de mettre le clignotant.
Paris 2024 ? C'est mon rêve, je veux tout faire pour y parvenir
Maxime Gayet, athlète déficient visuel participant à la journée de détectionà franceinfo: sport
À tout juste 20 ans, Maxime est le seul athlète déficient visuel de la sélection. Sa maladie génétique, qui dégrade progressivement sa vue, l’étudiant en deuxième année de kiné a appris à vivre avec et à en faire une force qui pourrait bien le propulser jusqu’à Paris 2024 dans deux ans. L’an passé, après avoir participé aux championnats de France d’athlétisme handisport, il a sollicité des associations afin d’être mis en relation avec un guide pour la détection organisée par la Fédération de paratriathlon. De là est née sa complicité avec Dany, entraîneur et maître-nageur de 46 ans, qui l’accompagne depuis sur plusieurs compétitions ces derniers mois. “Ça a tout de suite fonctionné, Maxime est quelqu’un d’instinctif, de frais, il a une maturité et une capacité à apprendre très vite, à dépasser ses limites sans se plaindre.”
Certains ont expédié leur repas pour aller jeter un œil sur une feuille un peu particulière. Dessus, le nom des participants et, à côté, les représentants de plusieurs disciplines souhaitant les rencontrer. Il s’agit de la deuxième étape de cette journée : les entretiens individuels. En tout, onze fédérations (badminton, hockey sur glace, canöe-kayak, tir à l’arc, aviron, volley-ball, tennis, tir, triathlon, handisport, taekwondo) sont présentes pour discuter avec les trente-cinq athlètes. Une occasion pour elles de dénicher des profils intéressants qui viendront peut-être composer leurs prochaines équipes de France, et, pour les athlètes, de découvrir des sports méconnus et parfois plus adaptés à leur handicap.
Benjamin Daviet en guest star
“Je fais de la natation mais je suis ouvert à plein de choses, je suis aussi venu pour me renseigner sur les autres sports paralympiques, explique Vincent Desbenoit, 31 ans. Je faisais du triathlon quand j'étais valide, donc je cherche à développer plutôt le cardio ou l’endurance. Cela fait presque trois ans que j’ai eu mon accident et en fauteuil, on se dépense beaucoup moins. Pourtant, je mange autant qu'avant malheureusement ! (rire) J’étais sportif et j’entends bien le rester.”
Martin Delville, lui, a déjà obtenu sa classification en aviron. Une première surprise pour le Parisien de 22 ans, accidenté en ski il y a trois ans et désormais en fauteuil, qui ne connaissait rien à la discipline il y a encore quelques mois. “Je n’avais jamais utilisé un ergomètre (un rameur d'intérieur, ndlr), c’est allé très vite. Et puis ensuite, j’ai pu participer aux championnats de France. Ce n’était que du plaisir”. Il s’interrompt alors que le porte-drapeau des derniers Jeux paralympiques de Pékin, Benjamin Daviet, quadruple médaillé en parabiathlon et paraski de fond à Pékin en mars dernier, se joint à la discussion. “Tu as un profil de fou pour faire du ski nordique, surtout si tu fais de l’aviron, qui est hyper complémentaire. Tu as tous tes abdos ? C’est royal ça, et en plus, avec tes grands bras, tu peux aller loin devant et derrière, du coup ta puissance est décuplée.”
C'est aussi important pour nous de partager ce que l'on a vécu, leur faire passer le message que tout est possible
Benjamin Daviet, quadruple médaillé lors des Jeux paralympiques de Pékinà franceinfo: sport
Le fondeur détaille les aspects techniques de sa discipline et enjoint le jeune homme à venir se tester en station à l’occasion. “C’est aussi important pour nous, avec Erika Sauzeau et d'autres, de partager ce que l’on a vécu. On avait Laurent Vaglica avec nous à Pékin, quand il est arrivé pour la journée de détection, il était complètement perdu, il avait mal accepté son handicap. Et derrière, il fait les Jeux, il s’éclate. Tout est possible.”
Petit à petit, les entretiens se terminent et la salle se vide. Mais l’aventure ne s’arrête pas là. “Aujourd’hui, ils plantent la graine de leur projet”, affirme Sami El Gueddari, responsable du parcours d’accession sportif au sein de la Fédération française handisport.
“Maintenant, comment vont-ils être capables de se saisir des conseils et des orientations qu’on leur donne pour mordre dedans et ne rien lâcher ? Et également de leur fixer des points de rendez-vous, leur dire : “Tu sors de là mais on se revoit où ?”. Cela peut être sur une classification, un stage en immersion… En même temps il faut aussi leur dire de prendre le temps. Ok il y a Paris 2024, mais il y aura d’autres échéances derrière. Tant mieux si on arrive à convertir rapidement, mais une carrière ça se construit et les raccourcis sont souvent mauvais conseillers. Il faut rêver grand mais rester conscient.” Ce samedi, ces 35 sportifs ont déjà tutoyé une partie de leur rêve.
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