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El Niño: le Magdalena, principal fleuve de Colombie, en voie d'assèchement

El Niño, courant chaud équatorial du Pacifique qui réapparaît tous les cinq à sept ans, provoque en Colombie une intense sécheresse. Aggravé par le changement climatique, le phénomène, particulièrement intense cette année, est en train de vider de son eau et de ses poissons le fleuve Magdalena, long de 1.528 km. De l'avis des riverains, son niveau n'a jamais été aussi bas depuis des décennies.
Article rédigé par Véronique le Jeune
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3min
Le 14 janvier 2016, le pêcheur Gabriel Barreto marche dans le lit asséché du fleuve Magdalena qui faisait autrefois la fierté de toute la Colombie. (John VIZCAINO / REUTERS)

Le Magdalena traverse toute la Colombie du Sud au Nord, formant jusqu'à peu une vallée verdoyante entre les cordillères centrale et orientale des Andes colombiennes. C'est aussi la principale voie fluviale du pays qui se jette dans la mer des Caraïbes (Atlantique). Source de richesse et de fierté, le fleuve était autrefois remonté par les bateaux à vapeur de l'embouchure au cœur du pays.

Pendant que des inondations ou des pluies intenses ravagent d'autres pays d'Amérique latine à cause du phénomène El Niño, en Colombie, c'est  la sécheresse qui est en train de changer la donne. Par endroits, le lit du fleuve Magdalena n'est plus que terre craquelée ou boue. A d'autres, comme à Honda, port de pêche du département de Tolina (centre), le niveau de l'eau n'atteint plus que 60 cm de profondeur au lieu des 2,5m habituels, selon des statistiques officielles.

Le volume de la  principale artère fluviale du pays a baissé des deux tiers et sa ressource poissonnière a chuté de 90%, selon des associations de pêcheurs.

L'Institut d'hydrologie, de météorologie et des études environnementales indique que le fleuve est à son plus bas niveau depuis 15 ans. Mais les habitants de Honda et de La Dorada, à une trentaine de km au nord, affirment ne l'avoir pas vu ainsi depuis des décennies. Une situation qui pousse les autorités à organiser d'ores et déjà un rationnement de l'eau dans certaines régions.


El Niño sert de révélateur à un état des lieux déjà très pessimiste
Mais pêcheurs et experts de l'environnement s'accordent pour affirmer que les effets du climat ne sont pas seuls responsables de l'état de désolation dans lequel se trouve le Magdalena. Les premiers, confrontés aux berges asséchées et à des prévisions pluviométriques inférieures de moitié aux quantités habituelles pour les mois à venir, montrent les éleveurs et les mineurs du doigt.

«Les éleveurs assèchent les marais pour les convertir en pâturages», lâche l'un. «Les mineurs rejettent du mercure dans l'eau», se plaint un autre. «Nous-mêmes sommes coupables car nous pêchions les poissons trop petits», admet un troisième.

Pour l'expert de l'environnement Luis Eduardo Hincapié, «cela va de mal en pis», le fleuve est «plombé» par les déchets industriels. «Nos marais où fraient les poissons sont saturés de produits chimiques toxiques et de résidus, dont du plastique», explique-t-il, debout sur une sorte de petite plage qui auparavant disparaissait sous les eaux.

Par ailleurs, le déboisement sur les rives des affluents du Magdalena ne permet plus de maintenir une humidité suffisante et les torrents qui alimentaient le fleuve  sont «totalement secs», ajoute-t-il.

Une douzaine de départements déversent leurs eaux usées dans le Magdalena et le vert émeraude de ses eaux est devenu maronnasse. «C'était l'orgueil national. Aujourd'hui, c'est l'égout du pays», déplore M.Hincapié.

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