Jean-Pierre Caillot : "On m'aurait pris pour un fou si j'avais dit que je voulais ramener Reims en Europe"
Où étiez-vous pour regarder la finale PSG-OL ?
Jean-Pierre Caillot : "Comme Reims ne jouait pas, je n’ai pas mangé mes deux paquets de chewing-gums habituels, mais j’étais quand même bien stressé. On a regardé la finale avec une partie du staff et des dirigeants. Des matches comme ceux-là, c’est toujours plus agréable de les regarder en groupe : ce sont des fêtes, il faut les partager".
Ironie du sort, c’est la victoire de votre bourreau en demi-finale qui vous qualifie pour la Ligue Europa ?
JPC : "Honnêtement, je n’ai pas pensé à cela. Pour moi, l’ironie du sort c’est que quand on a appris que les finales se joueraient, tout le monde disait que le PSG gagnerait haut la main, et donc que Reims irait en coupe d’Europe. Mais au final : on a tremblé, les finales étaient très serrées. La preuve contre Lyon, ça se joue au sixième tir au but. Ça faisaient beaucoup de penaltys, et donc pour nous beaucoup de stress (rires)".
"C’est quand même une grande fierté quand on sait d’où est reparti le club. Parce que malgré notre passé prestigieux et notre palmarès, il ne faut pas oublier que le Stade de Reims a touché le fond, jusqu’en DH"
A froid, au lendemain de la nouvelle (l'entretien a été réalisé ce samedi), vous ressentez quoi ?
JPC : "C’est quand même une grande fierté quand on sait d’où est reparti le club. Parce que malgré notre passé prestigieux et notre palmarès, il ne faut pas oublier que le Stade de Reims a touché le fond, jusqu’en DH. Depuis des années, on participe à cette reconstruction. On a déjà vécu un moment très fort quand on a ramené le club en Ligue 1 en 2012, 33 ans après… Aujourd’hui, se qualifier pour la coupe d’Europe, c’est beau. Cela honore la mémoire des grands joueurs de la belle époque rémoise, cela offre un retour en arrière pour nos supporters les plus anciens, et un bel avenir proche. On gère le passé du club, on y fait attention, mais on s’occupe surtout de l’avenir du Stade de Reims. Et cette qualification montre que le club va dans la bonne direction. C’est magnifique d’avoir ce genre de match à jouer".
C’était aussi émouvant que le retour en Ligue 1 ?
JPC : "Je ne peux pas faire un hit-parade des émotions que j’ai vécues avec ce club. Je ne peux pas graduer les choses, mais je vous assure que pour un président passionné comme moi, qui a le bonheur de diriger son club de cœur, ce sont des moments très forts, indescriptibles".
On sait que vous êtes superstitieux. Vous étiez-vous projeté en Europe avant la finale ?
JPC : "J’ai essayé d’avoir beaucoup de recul, parce que les adversaires du PSG dans les deux finales étaient de qualité. Surtout, on n’était pas acteurs ni maîtres de notre destin. Je n’ai pas fait de calculs, je ne m’étais pas spécialement projeté. Ce n’est que vendredi soir, après le sixième penalty qu’on a vraiment savouré et pris conscience. La pluie de SMS qu’on a reçus nous a fait réaliser ce qu’on a accompli".
Le club s’était préparé à cette qualification ?
JPC : "Non, parce qu’on on n’a pas un budget pour l’Europe et un autre pour le championnat. Cette qualification n’implique pas un recrutement particulier. On considère qu’on a un bon groupe. Les garçons l’ont prouvé l’année dernière. Un bon groupe que l’on a renforcé. On a une équipe pour faire bonne figure sur tous les tableaux".
"Le club était en National, il n’y avait même pas de stade digne de ce nom, et pas du tout de centre de formation. En 2004, on m’aurait pris pour un fou si j’avais dit que je voulais ramener Reims en Europe. Le but était de faire grandir le Stade de Reims, de le développer."
Quand vous avez repris le club en 2004, vous vous imaginiez arriver à ce niveau ?
JPC : "Non, il faut être honnête. Le club était en National, il n’y avait même pas de stade digne de ce nom, et pas du tout de centre de formation. En 2004, on m’aurait pris pour un fou si j’avais dit que je voulais ramener Reims en Europe. Le but était de faire grandir le Stade de Reims, de le développer. On a connu des montées en Ligue 2 et redescendes en National, de bonnes années galères… Mais depuis quelques années, on est dans la bonne voie, je salue le bon travail des équipes. Il y a 5 ans, on a lancé le projet horizon 2020 : tout ce qui y figure a été réalisé aujourd’hui, malgré deux ans en Ligue 2 entre temps (le club visait le top 10 de la Ligue 1 en 2020, il vient de finir 8e puis 6e, NDLR). Maintenant on a une ambition d’ici à 2024 : c’est d’accrocher l’Europe. Je crois qu’on a un peu d’avance (rires)".
Justement, cette qualification c’est un aboutissement, ou le début d’une nouvelle ère avec des participations régulières à la coupe d’Europe ?
JPC : "Je ne suis pas sûr que le club soit programmé pour faire la coupe Europe régulièrement. On en rêve, mais il faut garder les pieds sur Terre. Se qualifier pour les barrages de l’Europa League, c’est une belle récompense, un indicateur fort, très positif, qui valide notre travail et notre projet".
En tout cas, le Stade de Reims est qualifié pour les tours préliminaires d’Europa League. Avez-vous fixé un objectif ?
JPC : "Non, je n’ai pas donné d’objectifs. Déjà, on va attendre le tirage, ensuite, on verra. Mais je n’ai pas besoin de motiver le staff ni les joueurs, ce sont des compétiteurs. Ils auront envie de découvrir l’aventure et d’aller le plus loin possible. J’ai vu leur déception après l’élimination en demi-finale de Coupe de la Ligue la saison dernière, je peux vous dire qu’ils vont tout donner en Europa League".
"Le Stade de Reims a montré en 28 matches qu’il était à sa place. On a battu les 4 premiers de Ligue 1, on était même 5ème à la fin du championnat. (...) Et il me semble que des équipes a priori plus renommées que la nôtre n’ont pas marqué beaucoup de points en coupe d’Europe ces dernières années"
Vous préféreriez tirer une grosse écurie européenne, ou un club moins huppé pour avoir plus de chances de qualification ?
JPC : "Je n’en sais trop rien. Ce qui me préoccupe, c’est que les tours préliminaires vont se jouer à huis clos sur un match unique, en Suisse. J’aurai préféré la formule classique, avec un match chez nous, à Delaune. Et puis, dans le football, quelque soit l’adversaire, ce n’est à la fin qu’on sait si c’était le bon. (rires)"
Que répondez-vous à ceux qui disent que Reims n’est pas armé pour jouer l’Europe ?
JPC : "Le Stade de Reims a montré en 28 matches qu’il était à sa place. On a battu les 4 premiers de Ligue 1, on était même 5ème à la fin du championnat (Nice est passé devant Reims au goal-average particulier, NDLR). On ne peut pas empêcher les gens de faire des commentaires, donc laissons les parler. Mais il me semble que des équipes a priori plus renommées que la nôtre n’ont pas marqué beaucoup de points en coupe d’Europe ces dernières années, et qu’à l'inverse Guingamp a fait des bons parcours. Donc ne vous inquiétez pas pour l’indice UEFA".
Avez-vous reçu des félicitations d’autres clubs ?
JPC : "Cela fait longtemps que je suis président, je suis le deuxième en terme d’ancienneté derrière Jean-Michel Aulas. Donc oui, j’ai reçu beaucoup de messages de collègues qui savent que j’aime mon club. Ce que je veux dire, c’est qu’au-delà des formules des politesses, j’ai senti qu’ils étaient heureux pour moi".
"Je rêve d’une finale de coupe de France, j’en parle souvent. D’une vraie finale évidemment, avec 80 000 personnes et pas 5 000. Je rêve de voir la moitié d’un stade de France en Rouge et Blanc."
Après cet aboutissement, comment faire mieux pour vous en tant que président ?
JPC : "Je rêve d’une finale de coupe de France, j’en parle souvent. D’une vraie finale évidemment, avec 80 000 personnes et pas 5 000. Je rêve de voir la moitié d’un stade de France en Rouge et Blanc. Ensuite, le sport est un éternel recommencement. Je me projette déjà dans le championnat suivant. L’objectif : c’est que le club continue à se développer, qu’il fasse rêver les rémois et me fasse rêver".
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