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Les Américains se lancent dans une "gigantesque partie de Cluedo" pour démasquer l'auteur de la tribune anti-Trump

Le président américain a appelé le "New York Times" à dénoncer l'auteur de ce texte anonyme, alors que de nombreux membres de son administration nient avoir écrit ce brûlot.

Article rédigé par Marie-Violette Bernard
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6min
Le président américain Donald Trump lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche, à Washington, le 5 septembre 2018. (ALEX EDELMAN / CONSOLIDATED NEWS PHOTOS / AFP)

Une question préoccupe les Américains. Qui se cache derrière la tribune explosive sur l'administration Trump ? Un haut responsable de l'exécutif américain a écrit, sous couvert d'anonymat, un texte publié mercredi 5 septembre, dans les pages "opinion" du New York Times (en anglais). Evoquant une "résistance silencieuse" au sein de la Maison Blanche, il qualifie son actuel locataire d'"instable""Le cœur du problème est l'amoralité du président", assure l'auteur, qui explique qu'une partie du cabinet de Donald Trump s'efforce de contrer ses "pires penchants".

La tribune a déclenché la fureur du président américain, qui a crié à la "trahison" lors d'une conférence de presse. "Si cet auteur anonyme et lâche existe vraiment, le New York Times doit, dans l'intérêt de la sécurité nationale, le ou la dénoncer immédiatement au gouvernement !", a-t-il encore réclamé sur Twitter. Dans un communiqué, la porte-parole de la Maison Blanche, Sarah Sanders, a appelé "ce lâche" à "faire la seule chose qui s'impose et démissionner".

Le "New York Times" protège sa source

La Maison Blanche n'est pas la seule à vouloir découvrir l'identité du mystérieux auteur de la tribune. Le New York Times précise uniquement que cette personne est un haut responsable de l'administration. James Dao, responsable des pages "Opinion" du prestigieux quotidien, ajoute que l'auteur de la tribune a pris contact avec lui via "un intermédiaire". Le journaliste a fait "tout le travail de vérification nécessaire" pour s'assurer que "cette personne était qui elle disait être", poursuit-il dans un podcast du journal (en anglais).

Le New York Times n'accepte que très rarement les tribunes anonymes, "peut-être quatre au cours des trois dernières années". James Dao a fait une exception car l'auteur "voulait garder son poste à la Maison Blanche" et "aurait été mis en danger par cette révélation". Seul un "très petit nombre de personnes" au sein du journal "connaissent son identité". Résultat, même les journalistes du quotidien s'interrogent sur le nom de l'auteur. "Donc, si je comprends bien, les reporters du Times doivent désormais essayer de découvrir l'identité d'un auteur que nos collègues des pages 'Opinion' ont juré de protéger ?", glisse Jodi Kantor sur Twitter. Elle a depuis précisé que ce message était "le son de [sa] tête qui explose face à une situation aussi spectaculaire et inédite." 

Les médias participent au "jeu de devinettes"

Les autres médias, en revanche, ont déjà commencé à traquer l'auteur de la tribune. "Tout Washington s'est transformé en gigantesque partie de Cluedo'C'est le Colonel Moutarde, dans la salle du Cabinet'...", s'amuse Eamon Javers, journaliste politique de la chaîne CNBC, sur Twitter. Dans un article évoquant un "jeu de devinettes"CNN (en anglais) avance 13 noms potentiels, admettant qu'il y a "très peu d'indices sur qui pourrait être [l'auteur]". Seule certitude de la chaîne américaine : "Tous ceux qui correspondent à la description 'haut responsable de l'administration' vont devoir dire si c'était eux ou non."

CNN a vu juste. Les communiqués de responsables niant être l'auteur de la tribune se multiplient, jeudi 6 septembre. Selon le Washington Post (en anglais), le secrétaire d'Etat Mike Pompeo a déclaré depuis l'Inde : "Là d'où je viens, si vous n'êtes pas capable d'exécuter la volonté du chef de l'Etat, la seule option est de partir". La cheffe du département de la Sécurité intérieure, Kirstjen Nielsen, a elle assuré que "ce type d'attaques politiques est indigne" de son poste, rapporte un journaliste de NBC.

Qui est "Lodestar" ?

Mike Pence a, lui aussi, nié en bloc. Selon le Washington Post, un porte-parole du vice-président américain a affirmé qu'il "signait ses tribunes""Le New York Times devrait avoir honte, tout comme la personne qui a écrit ce texte faux, illogique et lâche, poursuit-il. Notre bureau est au-dessus de tels actes d'amateurs." Pourquoi Mike Pence s'est-il senti obligé de laver son nom de tout soupçon ? Son nom circulait dans les rédactions américaines mais aussi sur les réseaux sociaux, mercredi 5 septembre.

De nombreux internautes tentent en effet, eux aussi, de démasquer l'auteur de la tribune, révèle USA Today (en anglais). Les enquêteurs amateurs analysent chaque mot du texte, à la recherche d'un indice sur celui ou celle qui l'a écrit. "Lodestar" a particulièrement retenu leur attention. Ce terme, qui signifie "guide" ou "point de repère", est employé dans la tribune pour évoquer le défunt sénateur John McCain. Ce mot, très soutenu, est peu courant. Mike Pence l'a cependant déjà prononcé dans plusieurs de ses discours, souligne un internaute cité par USA Today. Le terme a depuis été repris pour désigner le mystérieux haut responsable qui a pris contact avec le New York Times.

Faut-il vraiment se fier au style de la tribune pour identifier son auteur ? "Il ne m'a jamais traversé l'esprit de changer un mot pour aider à dissimuler l'identité de cette personne, assure en tout cas James Dao, chef du service "opinion". C'est l'antithèse de ce que nous faisons. L'intérêt d'une tribune est de laisser les auteurs s'exprimer avec leur propre voix." Reste à savoir si cela suffira à démasquer "Lodestar". Pour le journaliste Eamon Javers, la liste des "suspects" se réduit d'heure en heure. "On en vient rapidement à procéder par élimination", assure-t-il sur Twitter. La partie de Cluedo se poursuit.

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