Coronavirus : "Précieuse", l'OMS souffre d'une gouvernance "pas tout à fait parfaite", selon le directeur de l'ANRS
Selon le professeur François Dabis, le secrétariat général de l'OMS basé à Genève n'écoute pas assez les 194 États membres. Toutefois, note-t-il, la réciproque est aussi parfois vraie.
Au lendemain de l'annonce du président américain, Donald Trump de suspendre la contribution financière des États-Unis au budget de l'OMS, le rôle de l'organisation internationale dans la gestion de la crise du coronavirus Covid-19 interroge. Invité de France Inter jeudi 16 avril, le Pr François Dabis, directeur de l'ANRS (Agence nationale de recherche sur le Sida), spécialiste des problématiques de santé mondiale, a estimé que l'OMS, "extrêmement précieuse", souffrait d'une gouvernance "pas tout à fait parfaite" et d'une "gestion complexe". Il faudra, selon lui, "changer la manière de gouverner", pour y redonner du poids aux États.
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"Dans la durée, l'OMS a fait un excellent travail. Mais tout n'est pas parfait dans la gestion de la crise du coronavirus", a expliqué François Dabis. L'OMS a notamment préconisé dès le début de la crise de garder les frontières ouvertes, de ne pas généraliser le port du masque. Pour François Dabis, cela s'explique par "une gestion complexe". "L'OMS est une agence spécialisée des Nations unies, mais il y a un secrétariat général qui est à Genève et qui, peut-être, ne tient pas assez compte de ce que les pays lui remontent. Sa gouvernance n'est pas tout à fait parfaite, de ce point de vue-là", estime le directeur de l'ANRS.
Cette gouvernance serait la principale fautive dans le fonctionnement de l'organisation. "Son directeur exécutif ne s'appuie pas assez sur les pays eux-mêmes. Il y a un conseil exécutif de 34 pays qui constituerait un peu son conseil d'administration ; de manière extrêmement paradoxale, il ne l'a même pas réuni une seule fois depuis le début de la crise", explique François Dabis.
Il y a un pilotage très direct par le secrétariat général de l'ONU à Genève et pas d'animation avec les pays, ce qui est certainement un des problèmes qu'ils rencontrent actuellement.
Le professeur François Dabis, directeur de l'ANRSà franceinfo
Selon François Dabis, "la direction devrait plus écouter les pays, être en dialogue plus étroit avec les pays".
L'organisation internationale n'est pas totalement fautive, selon François Dabis. "L'OMS a pris des décisions, a commencé à faire des recommandations vers le 30 janvier, c'est-à-dire un mois après le signalement des premiers cas par la Chine. Ce n'est pas si long que ça. Après, elle a pris certaines décisions avec un peu de retard, c'est une certitude. Mais un certain nombre de décisions qu'elle a prises depuis, les pays n'ont pas l'air de les suivre non plus. Donc quelque part, elle n'est pas totalement fautive", a-t-il tempéré. Elle reste une organisation "crédible", car regroupant 194 pays travaillant ensemble, "c'est absolument nécessaire et décisif". "Si on jette le bébé avec l'eau du bain, on va avoir encore plus de problèmes", avertit le professeur.
Trump fait une "diversion", il ne faut surtout pas supprimer "le multilatéralisme"
L'Organisation mondiale de la Santé, qui a pour but général d'améliorer l'état de santé de la population mondiale et d'appuyer la recherche pour les pays qui le demandent, "va perdre du jour au lendemain, à peu près 15% de son budget", a rappelé François Dabis, avec la suspension de la contribution américaine à son financement. "Pour une organisation internationale, c'est forcément une perte et un très gros souci", créés par la volonté de "diversion" du président des États-Unis, Donald Trump. Or, "le multilatéralisme est important et il ne faut surtout pas le supprimer."
Pour gérer la crise du coronavirus, "il y a plusieurs choses sur lesquelles l'OMS peut être extrêmement utile", notamment en accompagnant les pays ne produisant pas de tests et devant les acheter, ou donner des recommandations générales dans le champ des vaccins ou des médicaments, a jugé le directeur de l'ANRS.
"On voit la santé mondiale basculer avec ce risque d'égoïsme des différents pays"
Il faudra néanmoins changer la "manière de gouverner", selon lui. "C'est une chose très importante dans les organisations internationales : les États. Ce sont nous qui sommes les pilotes de ce qui se passe. Le secrétaire général et le secrétariat général sont là pour exécuter, mettre en musique ce qui a été décidé. Actuellement les États pilotent relativement peu ce qui se passe à l'OMS", a-t-il jugé.
Faute d'une gouvernance plus efficace, "on voit la santé mondiale basculer avec ce risque d'égoïsme des différents pays, dénonce François Dabis. Pour l'instant, le G7, le G20 ne peuvent pas suppléer bien évidemment à des organisations telles que l'Organisation mondiale de la santé, extrêmement précieuse et qui constitue ce qu'on pourrait appeler un bien mondial."
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