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En Inde, l'interdiction de l'application chinoise TikTok suscite la controverse

La décision du gouvernement indien de bannir plusieurs applications chinoises fait beaucoup de mécontents.  

Article rédigé par franceinfo - Jean-Marc Four
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Des Indiens appellent au boycott d'applications chinoises, dont Tik Tok, à Hyderabad le 30 juin 2020 (NOAH SEELAM / AFP)

TikTok en Inde c’est énorme: entre 120 millions et 200 millions d’usagers, difficile de connaître le chiffre exact. Ce réseau social, qui propose des petites vidéos faciles à partager, généralement d’une quinzaine de secondes, a littéralement explosé ces trois dernières années dans cette Inde d’un milliard 300 millions d’habitants. Le pays représente à lui seul un tiers des téléchargements de TikTok dans le monde, en dehors de la Chine. TikTok est disponible dans 14 langues régionales en Inde. Et a généré l’apparition de toute une série de stars du réseau social. Ce sont des noms inconnus ici, mais ce sont désormais des vedettes en Inde : Riyaz Ali, Faisal Shaikh, Arishfa Kahn, tous comptent entre 25 et 40 millions d’abonnés chacun !

C’est donc tout un business qui se retrouve menacé. Voire un espoir d’ascenseur social.  Comme dans tous les pays, TikTok est très populaire auprès des jeunes : plus de 40% des abonnés indiens ont entre 16 et 24 ans. Et l’application a contribué à rendre plus visible en Inde la défense des droits des femmes ou la cause de la communauté LGBT. Donc la fermeture du réseau social, qui n’est déjà plus disponible sur les magasins de vente en ligne là-bas, crée forcément des remous.  

Des représailles après les affrontements à la frontière

Cette interdiction s’inscrit dans une série de mesures en représailles contre la Chine. Lundi 29 juin, le gouvernement nationaliste de Narendra Modi a annoncé le blocage de 59 applications mobiles chinoises. TikTok, c’est la plus emblématique. Mais il y a aussi WeChat (un peu le WhatsApp chinois), Weibo (l’équivalent de Twitter) ou le jeu en ligne Clash of Kings. Officiellement, l’Inde justifie cette décision au motif que ces applications représenteraient "une menace pour l’intégrité du pays, la sécurité de l’Etat et l’ordre public".  Et le gouvernement indien menace déjà d’une nouvelle série de sanctions, cette fois contre les géants chinois des Télécoms, Huawei et ZTE, qui pourraient être exclus de l’appel d’offre sur le réseau 5G.

Il s’agit en fait de mesures de rétorsion commerciale, deux semaines après le vif incident frontalier entre les deux pays. On s’en souvient, des affrontements au corps à corps, sans précédent depuis 45 ans, avaient opposé soldats chinois et indiens. 20 morts côté indien et un nombre inconnu de victimes côté chinois. Plutôt que de risquer un conflit armé, l’Inde fait le choix de frapper au porte-monnaie, via cette économie numérique qui est aujourd’hui l’un des fers de lance de la Chine.    

Retour de bâton pour le numérique chinois

La Chine est un peu prise à son propre jeu dans cette affaire dans le sens où elle a été la première à faire du protectionnisme numérique, en fermant ses portes aux géants américains de la Silicon Valley, les Facebook, You Tube, Twitter, etc. C’est maintenant au tour de la Chine d’être rembarrée. Et pour ces grandes entreprises chinoises, c’est une très mauvaise nouvelle : le marché indien est essentiel. C’est leur premier axe de développement, vu sa taille. Cet épisode montre aussi combien les conflits entre Etats sont en train de basculer de plus en plus sur le terrain de la compétition numérique.  

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